Youssef Nabil
Pour un moment d'éternité
par Michket Krifa

Né en Égypte en 1972, Youssef Nabil grandit au Caire où il est bercé dès son enfance par la grande époque du cinéma égyptien des années cinquante, celle du Hollywood sur Nil. De ces images en Noir et Blanc il garde de la nostalgie du glamour, d’une certaine légèreté, de l’élégance et du mélo.
 
Très jeune, à l’age de 19 ans, il commence à prendre des photos en marge de ses études littéraires à l’université du Caire. Deux rencontres artistiques viendront donner un tournant décisif à sa carrière. La première avec David Lachapelle dont il sera l’assistant à New York et la seconde avec Mario Testino qu’il suivra à Paris. Cette double expérience dans la photo de mode avec deux des plus talentueux photographes lui permettra non seulement d’apprendre à leurs côtés la sophistication de la photo de mode et paradoxalement l’aidera aussi à développer son regard et son style. Dans ses photos, il retiendra de ses amours cinématographiques un attachement particulier à la mise en scène et au choix des décors. Tout un dispositif est mis en place pour rappeler l’univers suranné du roman-photo, corollaire du cinéma de cette période : À partir de ses prises de vues réalisées dans l’esprit des “ Studios ”, il s’attache à mettre en valeur dans chacun de ses portraits l’aspect extraordinaire
de ses modèles. Réalisées en Noir et Blanc, une fois développées, les photos sont soigneusement mises en couleur à la main.
Ses modèles sont des artistes égyptiens ou internationaux : acteurs, chanteurs, musiciens ou plasticiens. Pour les photographier, il doit avant tout les aimer. Ses photos l’aident à approcher les êtres qui l’attirent, le fascinent ou qu’il a envie de connaître. Il y a aussi ses propres icônes, celles qui ne sont plus de ce monde mais qu’il réussit à réincarner sous les traits de ses amis ou modèles. Pour lui, la célébrité offre une part d’immortalité qui permet à ceux qu’elle touche de vaincre la mort par une image existante ou recréée.
 
Par de là cette touche d’éternité, ses personnages auréolés d’amour n’échappent pas à la solitude qui les fige dans leur destin de stars. Les moments de célébrité détachent l’individu des autres et l’isolent dans une solitude extrême proche de la mort. Il y a là le désespoir de l’être qui se retrouve face à toute cette vanité où finalement, il ne restera de la vie qu’une image coloriée.
 
Dans un travail plus récent, Youssef Nabil pousse encore plus loin les liens qui rattachent l’amour à la mort. D’inspiration plus métaphysiques, ses dernières photos sont composées d’objets à connotation sexuelle chargée de danger et d’êtres qui voient le sens et l’essence de leur vie leur échapper. L’insouciance des années Glamour est bien loin.

Michket Krifa, commissaire des Rencontres Internationales de la Photographie
Arles, 2003

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